Classic Rock

The show must go on !

Après Bruce Springteen, c’est Queen que nous vous proposons en guise de « Re-Run » de Classic-Rock. Cet article, un des trop rares nés de la plume de Stéphane Rieppi, est du niveau qualitatif que nous espérons pouvoir vous offrir à nouveau très bientôt.

S’il est un groupe qui engendre systématiquement des réactions très tranchées d’amour/haine, ce groupe est Queen. Le groupe agace, énerve, excède certains tandis qu’il enchante, émerveille et crée de véritables fanatiques auprès d’autres. Au-delà de ces considérations, cet article essayera de se focaliser autant que possible sur ce que nous cherchons à faire (re)découvrir sur ce site, la musique d’un groupe qui devrait avoir sa place dans le top dix - sinon le top cinq - des groupes de « Classic Rock ».

tour eiffel

En 1970, le trio musical anglais de petite envergure Smile, composé de Tim Staffel au chant et à la basse, de Brian May à la guitare et de Roger Taylor à la batterie, est remarqué par Farrokh Bulsara, étudiant au Healing College of Art, qui se passionne très vite pour la musique du trio. Bulsara, ami de Staffel, devient leur plus grand fan. Il les suit de répétitions en représentations, leur prodiguant des conseils et avis personnels sur les directions à prendre. Ses idées, très théâtrales, extravagantes et souvent grandiloquentes séduisent May et Taylor, beaucoup moins Staffel, très vite dépassé par la tournure que prennent les événements. Dépassé au point qu’il cède sa place à Bulsara, qui opère une mini-révolution au sein du groupe. Désormais, Smile s’appellera Queen et Bulsara sera dorénavant Freddie Mercury. Peu de temps après, ils seront rejoints par John Deacon à la basse, recruté via une petite annonce placée sur les murs du collège que fréquentaient May et Taylor.

Le nouveau groupe commence alors à beaucoup répéter et à donner quelques petits concerts locaux, parallèlement à la poursuite de leurs études par ses membres. Études qu’ils terminent en 1973, devenant le groupe le plus diplômé de l’histoire du rock : Mercury en arts visuels, May en astrophysique (ses connaissances en physique lui permettront de construire lui-même sa célèbre guitare « Fireplace » Red Special), Taylor en dentisterie et Deacon en électricité. Libéré de toute contingence estudiantine, le groupe parvient à signer un contrat pour publier un premier album, éponyme.

Ce premier album – un chef d’œuvre – marie avec bonheur tant d’influences qu’aujourd’hui encore, il semble résister à toute classification artistique. Certains voient en lui un nouveau Led Zeppelin, là où d’autres, plus sensibles aux riffs agressifs de Brian May entendent un descendant de Black Sabbath. Tout faux, pensent encore d’autres, pour qui il est évident que Queen est un groupe de glam rock et marche sur les pas de David Bowie et de T. Rex. L’influence des Beatles et de leurs harmonies vocales est également souvent citée. La dispute n’a pas lieu d’être, car tous ont raison : Queen a emprunté à chacun de ces groupes ce qu’ils pouvaient offrir de mieux, en y superposant une grande virtuosité et des compositions très travaillées, très intelligentes.

Les deux forces musicales du groupe sont incontestablement Freddie Mercuy et Brian May : sans renier l’apport musical des très bonnes compositions de Taylor et Deacon, force est de reconnaître que le génie du groupe se compose du diptyque Mercury/May. Freddie Mercury apporte au groupe une voix souvent décrite comme – excusez du peu – la plus belle voix du rock et un talent inouï de compositeur. Brian May, lui, apporte littéralement une nouvelle manière de concevoir la guitare : il réussit l’impossible en ne faisant jamais de la technique par pur snobisme (travers que très peu de virtuoses de la guitare arrivent à éviter), mais en mettant cette technique au service se ses compositions, dont le talent arrive à égaler celui de… Freddie Mercury ! Le jeu de guitare de May est unique dans sa capacité à superposer de nombreuses lignes de guitare, jouant sur les échos pour obtenir des sons orchestraux desquels il est parfois difficile d’imaginer qu’ils sont composés uniquement de sons de guitare.

Ce premier album, Queen, en dépit de ses incontestables qualités, ne connaît qu’un faible succès d’estime. Refusant toute concession, l’album annonce ce qui allait être la politique de Queen durant toutes les années 70 : aux crédits de ce disque, chaque musicien est cité, puis viennent les classiques remerciements, comme de coutume. Et en dernière ligne de crédits est précisé « .…and nobody played sythesizers ». Trop marginal, cet album ne contient pas de 45 tours potentiel, à l’exception peut-être du morceau « Keep Yourself Alive ». Jamais justice ne sera faite à de grands morceaux comme « Liar », « Doing All Right » ou « Son And Daughter ». Qui, aujourd’hui encore, restent parmi les morceaux les plus sous-estimés du rock.

Cet échec – relatif – n’empêche pas Queen de sortir un deuxième album, intitulé tout simplement « Queen II » (probablement en guise de clin d’œil à Led Zeppelin, dont les trois premiers albums s’appellent I, II et III). Les morceaux de Queen II sont de qualité égale, parfois supérieure à Queen (I). Rien d’étonnant à cela, vu que le matériel se trouvant sur cet album faisait partie du stock d’excellents morceaux composés par le groupe entre 1970 et 1973 et uniquement joués lors de leurs répétitions ou de leurs rares concerts. La production de cet album est plus soignée que ne l’était celle de leur premier album (l’illustration de la pochette du disque, par exemple, est signée Mick Rock). Roy Thomas Baker, producteur de l’album et du précédent, met mieux en exergue les points forts du groupe : la voix de Freddie Mercury y est renversante, la guitare de Brian May exceptionnelle. La qualification de hard rock que le disque porte alors, est très réductrice. Il s’agit d’un chef d’œuvre, un « Master-Stroke » !

Commercialement, le disque, porté par le 45 tours « Seven Seas Of Rhye », fait nettement mieux que son prédécesseur, arrivant même jusqu’à la position de cinquième dans les charts anglais. De grands morceaux, comme « White Queen (As It Began) », « Ogre Battle » ou encore le très progressif « The March Of The Black Queen » restent cependant assez inconnus du public : même si ce disque fut mieux reçu que son prédécesseur en 1974, le temps l’aura rendu, lui aussi, largement sous-estimé.

Quelques mois plus tard, toujours en 1974, sort le troisième opus de Queen, « Sheer Heart Attack ». Dès les premières notes du disque, on peut dire que quelque chose a changé. La production est plus affinée, le terme de hard rock qualifie de façon de moins en moins pertinente ce disque. Les morceaux, eux-mêmes sont plus éclectiques. Pour la première fois, aussi, un contraste qualitatif s’installe entre les morceaux : certains sont absolument brillants (« Brighton Rock ») alors que d’autres déçoivent (« Misfire »). Ce qui n’empêche pas cet album d’être souvent considéré – à tort – comme le premier album classique de Queen. Deux 45 tours promeuvent l’album, le très rock « Now I’m Here », qui ne prend sa véritable dimension que sur scène. Écouté en 2002, il est difficile de comprendre la véritable dimension de ce morceau, qui a assez mal vieilli. À l’inverse du très glam « Killer Queen », aux harmonies vocales très travaillées, une caractéristique qui deviendra la marque de fabrique de Queen.

L’anecdote veut que ce disque ait été enregistré plus tôt que prévu : Brian May ayant contracté une hépatite qui faillit lui être fatale, le groupe ne pouvait tourner comme initialement prévu, pour promouvoir Queen II. Le fait d’avoir passé une grande partie de l’enregistrement de l’album dans les toilettes du studio ne l’empêcha pas de délivrer sur cet album son chef d’œuvre absolu, « Brighton Rock », histoire d’un amour de vacances adultérin, chanté à deux voix par Freddie Mercury qui s’amuse de son fausset en alternant l’interprétation de son héro et de son héroïne. En définitive, un morceau renversant, à nul pareil.

Plus d’un an se passe avant la sortie, en décembre 1975, de l’album dont on dira par après qu’il est la plus grande réussite de Queen, « A Night At The Opera ». A Night At The Opera, nommé d’après un film des Marx Brothers, est le Sgt. Pepper, le Ziggy Stardust ou le Led Zeppelin IV de Queen, leur album de référence.

L’album, surproduit à l’extrême et volontairement pompeux, exagérément pompeux, est l’archétype de l’album rock de la période pré-punk. Les harmonies vocales y sont omniprésentes, les compositions parfaites et la production, phénoménale, Roy Thomas Baker dirigeant le groupe, sous l’impulsion incontestable de Freddie Mercury, vers un album sous forme d’exercice de style, empilant toutes les astuces de production de l’époque. Brian May ira même jusqu’à enregistrer le solo de « Bohemian Rhapsody » corde par corde, pour les superposer en studio pour recréer les accords ! Volontairement kitsch, avec un sens de l’humour très british, l’album tout entier est à la mesure de ce Bohemian Rhapsody, incontestablement le plus grand succès de Queen, et leur premier numéro un dans les charts. Des pièces comme « Death On Two Legs », « Seaside Rendezvous », ou encore l’exceptionnel « The Prophet’s Song » sont des morceaux fabuleux, qui gardent toute leur force près de 30 ans après leur sortie.

Trop heureux de connaître enfin un succès à la mesure de leurs ambitions, le groupe enregistre, l’année suivante à la Tour Eiffel de Paris, la suite de A Night At The Opera, « A Day At The Races », également nommé d’après un film des Marx Brothers. Hélas, à vouloir recréer le même album, le groupe, toujours aidé de Roy Thomas Baker, tente de surproduire cette suite plus encore que son grand frère. Mais la mayonnaise ne prend pas : cette fois c’en est trop, c’est l’overdose, écouter ce disque donne parfois la nausée tant le groupe est tombé dans les travers qu’il avait magistralement évités avec A Night At The Opera. C’est grandiloquent mais décadent. Les morceaux, pourtant, pris individuellement, sont excellents, quoique moins variés et inventifs que dans leur précédent opus. « Somebody To Love » est magnifique, la chaire gospel qu’il met en scène avec pour seules voix Freddie Mercury, Brian May et Roger Taylor (John Deacon ne chantera jamais dans le groupe) est saisissante. Un autre morceau, « The Millionaire Waltz », aurait pu faire partie de A Night At The Opera et n’aurait pas dénoté à côté de Bohemian Rhapsody et The Prophet’s Song, tant cette valse, composée par Freddie Mercury et orchestrée par la guitare magique de Brian May, est à la fois musicalement impeccable et pourtant clairement auto-parodique.

1977. Une année est passée, mais l’ère du classic rock est révolue. Les punks dénoncent les outrances de la scène rock d’alors, les mégaconcerts, les albums surproduits. Queen est probablement le groupe le plus haï des punks (« God Save The Queen » des Sex Pistols n’est pas dirigé que contre la reine d’Angleterre). Le bilan en demi-ton de leur dernier album et l’hostilité des punks poussent le groupe à tourner une page. Roy Thomas Baker, devenu encombrant par sa surproduction si caractéristique, est remercié. Mike Stone, producteur plus neutre, le remplace, pour coproduire avec le groupe un nouvel album, « News Of The World », du nom d’un tabloïd anglais qui aimait à salir l’image de Queen. Ce nom, plus terre-à-terre, moins pompeux que les références au cinéma des Marx Brothers, annonce la couleur. C’est un album de rock pur que propose Queen, plus simple, à la production quasi minimaliste en regard des deux précédents albums.

Cette rupture nette avec le style pompeux qui les caractérisait jusqu’alors, si elle est bénéfique en bien des points, tourne une page dans l’histoire du groupe. L’album est excellent, mais il n’a pas la consistance des cinq précédents. Il ne s’agit cette fois que d’un recueil de bonnes chansons, mais l’unité manque. « We Will Rock You » (composition de Brian May), qui ouvre le disque, est peut-être la pierre fondatrice du phrasé que l’on désignera près de dix ans plus tard comme « rap ». « We Are The Champions » (composé par Freddie Mercury) est un hymne, efficace et direct. « Sheer Heart Attack » est un morceau… punk, surimposant guitares rythmiques distordues (jouées par Roger Taylor, qui a composé le morceau) et voix enragée (également Roger Taylor), le tout dans une production minimaliste. Une manière de dire à la nouvelle génération d’auditeurs que Queen est toujours là, et bien là. « Spread Your Wings » est le dernier des quatre 45 tours issus de l’album, est le premier simple composé par John Deacon. Les autres moments forts de l’album sont « Get Down, Make Love », un morceau assez difficile à classer, genre d’hybride entre un morceau disco et le « Whole Lotta Love » de Led Zeppelin, dont il reprend le passage halluciné et orgasmique. « Sleeping On The Sidewalk » est un morceau, chanté par Brian May, qui rappelle les balades Beatlesiennes de Paul McCartney. « It’s late », enfin, est un retour aux sources, un morceau plus proche de Queen (I) et Queen II. Un recueil d’excellents morceaux, mais qui manque d’unité. Est-ce cette absence d’unité ou le manque de grandiloquence dans le son du groupe qui dérangea Queen, toujours est-il qu’ils rappellent à la production pour leur nouvel album Roy Thomas Baker. Fin 1978 sort donc « Jazz », renouant avec l’unité et l’outrance sonore d’antan. Ou presque : la production de cet album est plus mûre que celle que le groupe avait abandonné. C’est grandiloquent, mais d’une grandiloquence contrôlée, contenue. C’est l’album de la maturité. Le 45 tours « Bicycle Race » est comme par le passé volontairement kitsch et renoue avec les vieilles traditions des harmonies vocales et de l’humour british. Le morceau est scindé en deux, séparé par un solo de sonnettes de vélo, qui arrive, par un miracle de la production, à être agréable à l’oreille. « Fat Bottomed Girls » est encore un morceau chanté en chorale… Comme avant. « Don’t Stop Me Now » est un rock efficace et nerveux. Et toujours personne ne joue du synthétiseur !

Tout le monde, par contre, joue du synthétiseur dans « The Game », l’album qui fait entrer le groupe dans les années 80. Un nouveau producteur, Mack, qui produira Queen pour quelque temps, remplace Roy Thomas Baker, cette fois parti pour de bon. Et si l’album est bon dans l’ensemble, comme un recueil de bons morceaux, la musique orientée album régressant nettement à cette période, il comporte quelques bizarreries. Le Freddie Mercury de la pochette est le Freddie Mercury de toujours, glabre et mince. Sortez le disque de sa pochette et vous verrez dans son emballage un Freddie Mercury imposant, à forte carrure et doté d’une moustache ne le présentant guère à son avantage. Plus grave, comparez les morceaux enregistrés en 1979 et ceux enregistrés en 1980, la voix de Mercury semble avoir mué, sa tessiture semble s’être rétrécie. Il y a sur ce disque quelques bons morceaux, « Save Me », « Crazy Little Thing Called Love », « Play the Game » et le disco « Another One Bites The Dust », morceau de bravoure du bassiste John Deacon.

Puis vint Flash Gordon, que le groupe hésita d’abord à présenter comme un album de Queen, vu qu’il ne s’agit que de la bande originale d’un film de série B sans grand intérêt, tout comme cette B. O. Il s’agit d’un album de musique électronique, presque une expérimentation de la part de Queen. Préférons considérer qu’il ne s’agit pas d’un album de Queen, ce qui aurait du être le cas logiquement

Le prochain « vrai album » de Queen sera « Hot Space », en 1982. Un album troublant : pas exactement un mauvais album, mais un album qui entre de plain-pied dans les années 80. C’est le premier album de Queen enregistré après l’assassinat de John Lennon et ça se ressent. Cet événement a énormément hanté beaucoup de musiciens, les a fait réfléchir sur leur position de rock stars. David Bowie a pensé arrêter la musique après cet événement. Bien entendu, il ne l’a pas fait, mais a fait subir un pitoyable nivellement par le bas à sa musique, la voulant plus immédiate et commerciale, moins intellectuelle. Queen, de son côté, et Freddie Mercury en particulier, est tout aussi affecté par cette réflexion sur son statut. Hot Space est donc un album très électronique, aux sons que le groupe aurait voulus accrocheurs. Ça n’aura été vrai que pour le simple « Body Language », qui connut un certain succès dans les charts américains. Les deux autres moments marquants de cet album sont la collaboration avec David Bowie, justement, pour le simple « Under Pressure », tube mondial sorti en 1981 en simple et intégré par après à Hot Space, tube mondial et « Life Is Real », qui reprend la structure du « Mother » de Lennon en guise d’hommage, dans lequel on lit, entre les lignes, mais de manière relativement transparente, le désarroi de Freddie Mercury et probablement des autres membres du groupe, après cette disparition.
Le groupe connaît alors un passage à vide. Hot Space est un bide commercial et artistique, c’est le temps des remises en question. Des rumeurs de séparation du groupe. Mais aussi des tournées des grands stades, des célèbres vocalises de Freddie Mercury avec le public, dans des concerts sans âme, où les musiciens rejouent leurs anciens morceaux sans entrain, où Freddie Mercury transpose ses morceaux d’une octave, vocifère ses chansons avec une absence étonnante de talent. En 1984 sort un nouvel album, « The Works », porté par le 45 tours « Radio Ga Ga ». Morceau fatiguant, on l’on peine à entendre la guitare au milieu d’un jus électronique (indice : vers la fin du morceau, quelques slides se font entendre). « I Want To Break Free » fait un peu mieux, tout comme « It’s A Hard Life » et « Hammer To Fall », pas vraiment des bons morceaux, mais des morceaux honnêtes. Au contraire du désastreux « Is This The World We Created… ? », tentative pathétique de refaire un « Love Of My Life », morceau de la grande époque de Queen, sur A Night At The Opera. En 1985, Freddie Mercury sort un album solo inutile, « Mister Bad Guy », aux orchestrations électroniques et aux compositions légères. Il passe relativement inaperçu, à juste titre. En 1986 sort l’album le plus autosatisfait de Queen, « A Kind Of Magic ». Porté par le simple du même nom, cette demi-B.O. (du film « Highlander », avec Christophe Lambert et Sean Connery) mais vrai album cette fois, nous propose un Queen légèrement remis sur ses rails, avec cependant quelques erreurs fondamentales : le slow-musak « One Year Of Love » est probablement le plus mauvais morceau de la carrière de Queen. « Friends Will Be Friends », autre simple du disque, manque d’intérêt, est désespérément plat et autosatisfait. Restent « One Vision », rock correct, sans plus, « A Kind Of Magic », très commercial mais assez sympathique à l’écoute, le gentillet « Who Wants To Live Forever » et, en dernier morceau, le très étonnant « Princes Of The Universe », dont le son semble par moments sorti tout droit des sessions Jazz !

Puis vinrent trois années de silence : en 1986, Queen effectue sa dernière tournée, triomphale, à l’occasion de laquelle Freddie Mercury déclare que les rumeurs de séparation du groupe ne sont pas fondées et que seule la mort d’un des membres du groupe impliquera sa fin. Tout le monde ignore que Freddie Mercury vient d’apprendre qu’il avait contracté le virus du sida et qu’il sait ses jours comptés. À partir de ce moment, paradoxalement, il vit une seconde jeunesse. Il se fait plaisir en faisant de l’opéra avec la cantatrice Montserra Caballé.

En 1989 sort le nouvel album de Queen, le bien nommé « The Miracle ». Et en effet, c’est bien d’un miracle qu’il s’agit : un Freddie Mercury, de nouveau glabre, reprend du plaisir à chanter dans le groupe, retrouve une partie de sa voix et sa silhouette d’antan. Mack, le producteur des mauvaises années, est remercié, David Richards le remplace, avec brio. Tout se passe comme si la mort annoncée de Mercury lui donnait des ailes, l’envie de refaire de la musique, sa musique, en dépit des contingences commerciales. À entendre cet album, facilement le meilleur depuis Jazz, on devine les trois autres membres du groupe également ravis. Et les bons morceaux s’enchaînent, comme au bon vieux temps : l’ouverture, largement sous-estimée, « Party/Khashoggi’s Ship » raconte avec un plaisir non simulé une des fêtes que Freddie Mercury aimait donner. Ce plaisir est d’autant plus agéable qu’il est communicatif. « The Miracle » est excellent, sa mélodie est recherchée, accrocheuse. « I Want It All », morceau rock, presque hard rock, renoue avec les origines du groupe : guitares et harmonies vocales.

Deux ans plus tard, Queen remet ça ! « Innuendo » est au moins aussi bon que « The Miracle ». Les fans y croient de nouveau, l’album se vend même aux Etats-Unis, qui boudaient Queen depuis Hot Space, dix ans auparavant. Le simple « Innuendo » est un des meilleurs morceaux de la carrière de Queen. Épique et grandiose, comme du temps de A Night At The Opera, ce morceau a souvent été comparé au Kashmir de Led Zeppelin. On n’aurait pu lui faire plus beau compliment. « I’m Going Slightly Mad » est un chef d’œuvre d’humour, « Headlong » est le morceau rock de l’album, le pendant de « I Want It All ». L’album se clôture sur « The Show Must Go On », indication pour l’auditeur que quelque chose va mal.

Le 23 novembre 1991, Freddie Mercury annonce qu’il souffre du sida. Le lendemain, il décède dans sa propriété londonienne.

Le 20 avril 1992 est organisé un concert-hommage à Freddie Mercury dans le stade de Wembley. Robert Plant, David Bowie, Mick Ronson, Tony Iommi, Roger Daltrey et bien d’autres sont là pour rendre un dernier hommage à Freddie Mercury et à sa musique.

En 1995 sort un album posthume, « Made In Heaven », dans lequel les membres survivants ont essayé de recréer l’atmosphère d’un album de Queen, en se basant sur des bandes de morceaux non terminés de la période d’Innuendo et sur de l’ancien matériel, dont certains morceaux médiocres de la carrière solo de Freddie Mercury. Made In Heaven est un échec artistique cuisant, malgré le succès commercial de deux simples, « Heaven For Everyone », morceau enregistré par Freddie Mercury en 1988 pour l’album de l’autre groupe de Roger Taylor (en fait sa carrière solo), The Cross « Shove It ». Le morceau est gentil, mais sans grande envergure. L’autre simple, « You Don’t Fool Me », connaît un grand succès commercial, malgré sa médiocrité et un son nettement orienté dance, qui n’a pas grand-chose à voir avec la musique de Queen, à l’exception d’un solo de guitare assez réussi en son milieu.

En 1997, les membres survivants se sont reformés pour enregistrer le pathétique No One But You (Only The Good Die Young), morceau « hommage » à Freddie Mercury, qui servit de support pour un nième Best Of, « Queen Rocks, Vol. 1 ». Depuis, diverses compilations et reprises de morceaux de Queen par l’un ou l’autre membre ont vu le jour, en collaboration avec diverses stars du moment. Un commercialisme de mauvais aloi, amorcé par Made In Heaven, dont on se demande si, comme l’affirment les membres survivants, Freddie Mercury l’a vraiment voulu.

Des membres survivants, John Deacon est le seul à avoir arrêté la musique. Brian May a sorti en 1993 le très bon « Back To The Light », suivi en 1998 par « Another World », son dernier effort solo en date, assez peu convaincant. Roger Taylor a donné une suite à l’album de The Cross de 1990, « Mad : Bad : And Dangerous To Know », « Blue Rock ». Il a ensuite sorti, en solo, « Happiness ? » en 1994 et « Electric Fire », en 1998, sans susciter beaucoup d’intérêt de la part du public.

Albums conseillés : Queen, Queen II, Sheer Heart Attack, A Night At The Opera, A Day At The Races, News Of The World, Jazz, The Game, The Miracle, Innuendo. Fuyez comme la peste les éditions Hollywood Records, remasterisées en dépit du bon sens et augmentées de remixes irrespectueux. Préférez les remasters d’EMI de 1993 ou, mieux encore, si vous arrivez à les trouver, les remasters japonais de 2001. Si vous arrivez à vous en procurer, n’ayez pas peur de parler de leur qualité, apparemment exceptionnelle, dans nos forums !

Les trois albums live officiels, « Live Killers », « Live Magic » et « Live At Wembley ’86 » sont assez mauvais, le premier a un son exécrable et les deux autres sont tirés de la tournée de 1986, très décevante.

Pour avoir un bon live, « Live at the Beeb » (aussi appelé « Live at the BBC » dans sa version américaine, identique) est la seule possibilité dans le circuit officiel. Du côté des bootlegs, tout ce qui couvre la période 73-82 est intéressant, avec parfois un très bon son comme le célèbre bootleg « Merry Christmas » capturé en 1975, le jour de Noël, au Hammersmith Odeon.